Billet d’humeur Par Emmanuel Cau, Vice-Président du Conseil régional Nord-Pas de Calais
« Insincère », « nul », « hors sol », « affligeant »… tout a été dit, écrit, crié sur la déclaration finale de ce sommet. Une évidence, le monde a changé en 20 ans et le texte est passé à côté, il est consternant sur l’état de la planète – ressources naturelles, énergie, pauvreté, etc –, et donc les « réponses » apportées sont : la technologie et le marché régleront tout. C’est une nouvelle partie du jeu « richesses du monde » qui est proposée.
Le « draft » initial était composé de 19 pages. Aimantant l’ensemble des points de désaccords il est passé à 240, puis 80 et enfin 49… Les désaccords ne s’effaçaient pas, mais la logique de la recherche d’un accord était en route, celle de la recherche de l’unanimité (enjeu pour le Brésil, pays en charge du Sommet), et la négociation s’opérait donc autour du plus petit dénominateur commun.
Petites perles et bégaiements
Le texte comporte de nombreux souhaits, sans mandat ni calendrier. De nombreux bégaiements de Johannesburg (« nous réaffirmons »…). De la légèreté (« énergie durable pour tous »)…
Le principe de responsabilité commune est affirmé mais condamné par la volonté de préserver les souverainetés nationales.
Le point de vue sur l’agriculture est archaïque, vu sous l’angle lui aussi du marché et de la technologie. « Son rôle dans la qualité du fonctionnement des écosystèmes, la limitation des conséquences des cataclysmes naturels, les activités induites, la protection de la diversité génétique… n’est absolument pas pris en compte ! Si la question de la qualité de la nourriture est mentionnée, aucun des problèmes sérieux pouvant l’affecter (intensification des cultures et des élevages, gaspillage de l’eau, rejets de polluants, usage des pesticides, questions des OGM, des agrocarburants,…) n’est abordé sérieusement. » (Gilles Boeuf, Président du Muséum national d’Histoire naturelle et Jean-Patrick Le Duc, Délégué aux relations internationales du Muséum national d’Histoire naturelle).
Des perles comme l’article 39 « Nous reconnaissons que la Terre et son écosystème constituent notre demeure et que l’expression de Terre Mère a cours dans de nombreux pays et régions, et nous notons que certains pays reconnaissent les droits de la nature dans le cadre de la promotion du développement durable. Nous sommes convaincus que pour parvenir à un juste équilibre entre besoins économiques, sociaux et environnementaux des générations actuelles et futures, il est nécessaire de promouvoir l’harmonie avec la nature. » A ce moment, une larme est autorisée…
Alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On se salit les mains, on se raccroche aux branches, on se re-mobilise.
On se salit les mains
Par exemple sur l’économie verte. Ce chapitre est si transparent, que la diversité biologique n’apparaît pas (quand 50% de l’économie mondiale repose sur l’utilisation de la diversité biologique). Allons-nous donc continuer à bétonner les zones humides et à polluer l’eau tout en construisant des stations d’épuration ?
Ne laissons pas à d’autres le soin d’élaborer les attendus, la définition et les objectifs de l’économie verte. Son cahier des charges doit s’appuyer sur la préservation – et le développement ! –, des services fournis par la nature. Sans être monétarisée, la nature doit être valorisée, rendue visible donc incontournable. Il en va de même pour l’ensemble des biens communs : santé, solidarités, justice, culture et connaissance, le génome humain, etc.
Les grands groupes économiques et leurs relais nationaux n’ont pas voulu aborder ce sujet à Rio, on peut en profiter, le faire nôtre, ne pas nous faire spolier comme le DD a été entarté ou sédimenté.
L’alliance homme-nature doit assujettir l’économie, pas l’inverse.
On se raccroche aux branches et on se re-mobilise
Il y a quelques « avancées», alors on s’en sert. Grâce à l’implication des syndicats, un chapitre est consacré au travail décent et à la protection sociale. Cette mobilisation et cette participation syndicale doit être amplifiée en région.
Le paragraphe (158) sur l’Océan (si, si il n’y en a qu’un…) est l’une des brèves lueurs du texte : « nous nous engageons à protéger et à régénérer la santé, la productivité et la résilience des océans et des écosystèmes marins, et à maintenir leur biodiversité en assurant leur conservation et leur exploitation durable pour les générations actuelles et futures. Nous nous engageons aussi à appliquer efficacement une démarche écosystémique et l’approche de précaution dans la gestion des activités influant sur le milieu marin, dans le respect du droit international, afin de tenir les engagements pris concernant les trois dimensions du développement durable ». Mais il ne s’agit pas encore de décision, de révision du droit en haute mer. L’océan saura-t-il attendre ?
Une nouvelle instance politique de haut niveau est actée sur la gouvernance mondiale du DD, tandis que le renforcement du PNUE viendra réappuyer la place de l’environnement dans le DD. L’évolution et l’élargissement de l’ECOSOC étaient tout d’abord pressentis (seuls 54 pays y sont représentés, sans représentation de la société civile). Finalement, c’est la Commission de développement durable des Nations unies (CDD) qui cèdera la place à ce forum inter-gouvernemental. Le rôle consultatif et la participation des représentants de la société civile (accrédités auprès des Nations unies) au niveau international seront renforcés, tout en conservant le caractère intergouvernemental des débats. Mais pas de calendrier dans le texte…
On arrête de donner corps à « l’environnement ça commence à bien faire », de signer des autorisations de faire comme avant, à Penly ou au large de la Guyane, de privatiser les biens communs. L’argent existe si on cesse cette privatisation, si on réoriente nos budgets (comme le nucléaire civil et militaire par exemple) au profit de l’éducation, de la recherche, de la biodiversité, du climat, de l’agro-écologie… Ces orientations ne sont pas seulement des solutions pour demain, mais aussi des réponses aux urgences de court terme : il est quand même plus facile de créer des emplois en réhabilitant les logements que de faire venir des usines ; moins coûteux de prévenir que de réparer.
Action et résultats
Sur la biodiversité, la désertification et la forêt, on se raccroche à Nagoya et à ses suites, on ne baisse pas pavillon en Nord-Pas-de-Calais.
On se met en ordre de marche pour élaborer les Objectifs de Développement Durable (ODD), quantifiés et chiffrés (un Agenda 21 et la SNDD doivent maintenant être chiffrés).
Nous ne partons pas de rien en région, les volets climat et TVB du SRADT, comme le SRCAE et le SRCE à venir, comportent déjà des objectifs concrets et phasés dans le temps ; et notre travail sur les indicateurs est en pointe (l’ARF s’en est saisi).
Une fois listés et construits, ces objectifs doivent être sujets à sanction si ils ne sont pas atteints, car pour les (pays) pauvres la sanction est déjà à l’œuvre (déplacés environnementaux, catastrophes naturelles, famines, santé, guerres de l’eau, du pétrole, etc)
Les 3 prochaines années (calendrier onusien) doivent être actives et en partenariat avec le Sud en s’appuyant sur nos coopérations avec nos amis Maliens, Sénégalais, Malgaches, Marocains et Brésiliens.
Bref, on perd 3-0 à 10 minutes de la fin, on mouille le maillot, on est solidaire, un jeu court et rapide (on ne balance pas le ballon à un avant centre esseulé dans la défense en béton), on claque 3 buts, le 3e dans le temps additionnel (le soleil se calme), on se qualifie pour le 21e siècle. Ce sont les plus beaux matchs.